Redonner un cap à l’Université

Redonner un cap à l’Université

Avec la massification, près d’un jeune sur quatre est titulaire d’un master, contre un sur cinq au moment du Covid. Le progrès social s’accompagne d’une insertion parfois plus difficile, d’un sentiment de déclassement, d’une défiance envers l’institution.

Les enjeux actuels

En cause, un faisceau de décalages.

D’abord la structure des cursus : les filières scientifiques et techniques, pourvoyeuses d’emplois qualifiés, ne pèsent qu’environ un tiers des parcours du supérieur.

Ensuite le niveau des compétences de base : près de 5 % des étudiants, selon l’OCDE, ne maîtrisent pas suffisamment l’écrit, ce qui plombe la réussite – malgré les efforts de remédiation en premier cycle – et fragilise la suite du parcours. S’ajoute l’opacité de la « valeur ajoutée » des formations : étudiants et familles naviguent à vue faute d’indicateurs comparables par mention et territoire : taux d’emploi, salaires médians, etc.

L’ouverture internationale n’échappe pas à une orientation aux débouchés étroits comme en sciences sociales. Combien d’étudiants, attirés par un master « droits de l’homme » ou « droit du sport », déchantent faute de recrutements dans les organisations ciblées ? Le chiffre est brutal : seuls 38 % des licenciés en sciences humaines et sociales exercent un emploi en rapport direct avec leur formation. Et pour les plus chanceux qui décrochent le graal d’un poste stable, la faible progression salariale alimente tôt les désillusions et l’impression de stagner.

Les rapports convergent. Celui présenté récemment au Sénat pointe le manque de stratégie et de pilotage, l’empilement d’initiatives, la gouvernance très « politique » et fragmentée des universités. Ils plaident pour une autonomie financière soutenue par une plus grande lisibilité pluriannuelle des financements et un renforcement de la gestion analytique. Le différend sur les droits d’inscription demeure : certains y voient un levier d’équité, un « signal prix » qui favorise les meilleurs choix, s’il est adossé à des aides puissantes. D’autres redoutent un frein social et une marchandisation.

Nos priorités :

  1. Réussir la réforme du premier cycle par une remédiation intensive, du tutorat, des pédagogies actives et individualisées
  2. Rééquilibrer progressivement vers les filières technologiques et scientifiques, en priorisant les filières à plus forte employabilité, en profiter pour pousser les murs de la formation professionnelle, génératrice également de ressources
  3. Gagner en transparence de la valeur ajoutée des cursus avec une publication, par mention et site, d’indicateurs d’insertion et de salaires
  4. Donner corps à l’idée de « formation tout au long de la vie » : on peut s’arrêter en DUT ou en Licence à 21 ans et reprendre une année de certification à 35 ans
  5. Enfin, porter une politique d’attractivité vis-à-vis des étudiantes et étudiants étrangers présents dans les filières techniques et scientifiques et de « rapatriement des cerveaux » en favorisant la collaboration entre recherche et industrie

Une option plus difficile

Reste une option plus dure si rien n’est corrigé : la fermeture de formations à faibles débouchés. Elle provoquerait immanquablement une levée de boucliers chez les équipes, inquiètes pour leurs postes et leurs disciplines. Pas forcément. Elles sont parfois en demande et ce sont les recteurs qui poussent à remplir les filières sans débouchés. Mais ne pas trancher, c’est laisser les étudiants payer le prix d’orientations illusoires.

Réaligner compétences et revenu

Pour sortir par le haut, la France gagnerait à aligner internationalisation et besoins nationaux (santé, transition, numérique) et à ouvrir un débat apaisé sur le financement de son université. S’agissant des droits d’entrée, le modèle australien mérite examen tant il redonne du souffle financier au modèle en responsabilisant les étudiantes et étudiants sur la valeur de leur parcours. Avec un prêt à remboursement contingent au revenu – l’ex-étudiant rembourserait une partie du coût de ses études au-delà d’un seuil salarial, via l’impôt. Ce réalignement entre compétences et revenu mutualiserait le risque individuel. Ses droits d’entrée seraient ainsi plus en phase avec la valeur professionnelle des diplômes, le contrat entre les générations serait ainsi plus équitable. Ce système sollicitant davantage de contribution selon les revenus ultérieurs de l’étudiant (et non celui des parents actuels) et permettrait également de financer un système social de bourse plus ambitieux.

Le défi de l’intelligence artificielle

Enfin, l’enseignement supérieur fait face à un défi existentiel. Avec l’Intelligence Artificielle, les compétences universitaires risquent d’être vite obsolètes et de se détacher des besoins satisfaits en quelques secondes par la machine. La fonction même d’enseignant est bouleversée, des robots croisent déjà le rêve d’assistant d’Aristote. Demain, l’arrimage neuronal poussera chacun vers les plus hauts potentiels ? Quel sera l’avenir de l’université dans ce contexte ?

Pour ce dossier, Convergences Travaillistes a interrogé des experts en responsabilité qui partagent un regard lucide sur l’état de l’université et avancent des pistes de travail pour un nouveau cap.

Auteurs : Aude de Castet, Théo Lazuech, Angélique Bargeot-Saïd et Jean-Marc Pasquet

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