Cri persan
Par Azadeh Thiriez-Arjangi, philosophe
Le malheureux souffre longtemps avant que l’humanité secourable ne lui ouvre ses largesses. Ainsi parle Olympe de Gouges, au temps de la Révolution française.
L’Iran a assez souffert. Cinquante années saturées de violences, d’épisodes dont chacun, à lui seul, aurait pu suffire à infléchir le cours de l’histoire — si, seulement si, le monde libre avait montré moins de complaisance envers la République islamique.
Quand le pays était livré à la plus noire des oppressions, on exigeait des Iraniens une opposition « fiable », un programme, un leader… Longtemps, on leur a beaucoup demandé, sans leur venir en aide. On a pesé leurs preuves, compté leurs voix, scruté leurs fractures, pendant qu’ils payaient, seuls, le prix du sang, de la peur et du silence.
Aujourd’hui, le réveil de la conscience collective iranienne est total. Leur volonté d’en finir avec la République islamique ne se discute plus. Ils ont une opposition crédible, un projet rationnel pour la transition, et, enfin, un leader.
Depuis des années, les slogans des Iraniens apparaissent comme la forme la plus nue d’une pensée politique en mouvement. Ils disent, en quelques mots, ce qu’un peuple endure, ce qu’il refuse, et ce qu’il apprend. Ils sont la mémoire collective de sa lutte.
En 2009, ils scandaient : « Où est mon vote ? » Ils parlaient alors encore la langue d’un ordre qu’ils croyaient amendable. Ils demandaient une restitution… Ils interpellaient des figures connues, parce qu’ils pensaient encore que la politique de la République islamique pouvait se résoudre dans une procédure ; ils supposaient, naïvement, un État de droit là où régnaient la brutalité, la fraude, la corruption, la répression ; bref, là où le seul ordre était le mal.
Puis la réalité a enseigné sa leçon sombre. Elle a montré que la violence ne venait pas seulement perturber le pouvoir, mais qu’elle s’y substituait. Or lorsque la violence se substitue au pouvoir, ce n’est pas seulement un résultat qui est volé, c’est l’espoir même de vivre, de parler, d’apparaître ; ce sont les liens horizontaux de l’agir ensemble. Alors, les slogans ont changé. Ils ont quitté le seul registre du contentieux pour atteindre le cœur du politique, la vie, la liberté, la dignité. « Femme, vie, liberté » n’était plus un slogan, mais l’affirmation que la politique doit commencer là où la vie reprend.
Aujourd’hui, le cri collectif des Iraniens est un. Il dit : « dernière bataille », c’est-à-dire l’impossibilité de tout aménagement, la décision finale, le crime ultime, les derniers souffles du tyran. Il dit ce qui advient malgré la terreur ; il dit ce monde commun à instituer. Il scande : « Ceci est la dernière bataille, Pahlavi sera de retour. »
Monde libre, il est temps d’ouvrir tes largesses. Il est temps de cesser la complaisance. Il est temps de rejoindre, sans détour, ceux qui luttent, et de n’être plus, par prudence déguisée, l’allié objectif des tortionnaires.
Vive l’Iran libre !
Azadeh Thiriez-Arjangi, philosophe



