Une nouvelle prospérité pour les classes moyennes
Dans un contexte de finances publiques sous tension, la France doit repenser sa stratégie économique autour de la création de richesse. C’est par le travail, la construction de logements et l’investissement technologique que se joue le financement du modèle social et se dessine un chemin de prospérité. Cette trajectoire doit se bâtir autour d’un nouveau pacte contributif dont les classes moyennes doivent être le cœur battant. Aujourd’hui, elles en sont les grandes délaissées. Avec le think tank La Fonderie de notre ami Eric Hazan, nous formulons les termes d’un Pacte d’une nouvelle prospérité pour les classes moyennes.
Le cœur du problème français est connu : nous manquons collectivement d’heures d’activité. Le travail coûte trop cher à l’entreprise et rapporte trop peu au salarié. Reflet d’une productivité en berne, il faut aujourd’hui près de 80 ans pour doubler son salaire, contre 15 ans il y a cinquante ans. La progression sociale s’est figée et les mécontentements s’accumulent. Comment redonner souffle au travail et perspective à la prospérité ?
Par exemple, en allégeant le super brut. Cela permettrait de redonner de la voilure au revenu du travail. La redistribution, comme les minimas sociaux, sans lien direct avec les cotisations, devrait relever du budget de l’État sans peser sur le coût du travail et donc la feuille de paie. Ce transfert clarifierait le rôle de chacun. À l’État, la solidarité nationale ; à l’Entreprise, la création de valeur ; et au travailleur, la rémunération liée à son activité. Ainsi mieux identifié et soumis au contrôle parlementaire, le financement de la redistribution pourrait être élargi à d’autres ressources : consommation ou revenus patrimoniaux.
Ce rééquilibrage desserrerait la pression sur le travail tout en stabilisant les ressources pour financer les politiques sociales de l’État non contributives. Donnons-nous ainsi comme objectif immédiat d’augmenter de 100 à 200 euros par mois le salaire net moyen.
À terme, ces ajustements doivent favoriser la remontée du taux d’activité, aujourd’hui inférieur à la moyenne européenne, en particulier chez les jeunes actifs ou les seniors dont la participation reste trop faible. Rendre le travail plus attractif, et donc plus fréquent, c’est renforcer par contrecoup le financement des retraites et stimuler la croissance potentielle.
Deuxièmement, le logement demeure un maillon faible de la prospérité française. Archétype de la politique publique inefficace, qui depuis 50 ans multiplie les aides coûteuses, les normes et la lenteur administrative, aboutissant à une asphyxie. Or libérer la construction ne coûte rien : il s’agit de simplifier, d’harmoniser les règles d’urbanisme, d’assouplir les contraintes sur le foncier, de réduire les délais d’instruction et en limitant les possibilités de recours. Ces mesures pour restaurer la confiance des investisseurs sont à isopérimètre budgétaire et changeraient déjà la donne.
Tous les territoires ne sont pas logés à la même enseigne, mais partout où le marché est bloqué, les mobilités professionnelles sont empêchées, la spéculation dans les zones touristiques chasse les actifs et alourdit les dépenses contraintes, avec une cascade de conséquences qui fragilise en particulier les jeunes et finit par enrayer les naissances.
Enfin, si nous ne perdons plus de temps, la révolution de l’intelligence artificielle ouvre l’opportunité d’un renforcement de la compétitivité de la France. À condition de s’en donner les moyens. Plutôt qu’un saupoudrage interventionniste, il faut favoriser les transferts de technologies dans nos filières stratégiques comme les semi-conducteurs ou la robotique, stimuler la commande publique européenne sur un cloud souverain, et créer des passerelles entre l’IA civile et militaire en allégeant les réglementations.
Il s’agit de mieux orienter l’intervention publique en faveur des créateurs de propriété intellectuelle. Elle peut, si elle est accompagnée d’une politique de formation priorisée sur les compétences techniques et scientifiques, devenir un pilier de la réindustrialisation européenne en favorisant également l’accès à une énergie abondante et à bas coût.
Faisons de la contrainte budgétaire une incitation à choisir, non un prétexte à renoncer. Refondons les bases de notre État, stratège et facilitateur, capable de libérer les énergies et de protéger les transitions.
Trois propositions pour un Pacte d’une nouvelle prospérité pour les classes moyennes
- Rendre attractif le travail en allégeant le superbrut : augmenter immédiatement les revenus du travail de 100 à 200 euros par mois en transférant les charges redistributives vers le budget de l’État qui a vocation à les supporter
- Priorité absolue au logement pour favoriser natalité et employabilité : 10 millions de mètres carrés immédiatement libérés en zone dense et réduction de la voilure des normes au plus juste pour réaliser 100 000 logements supplémentaires en deux ans
- Pacte d’investissement et de recherche : favoriser la propriété intellectuelle et les transferts de technologies en matière d’Intelligence Artificielle (IA) en accompagnant d’une refonte de la formation priorisée sur les compétences techniques et scientifiques ; recentrage des investissements écologiques : paquet nucléaire/renouvelables de 100 milliards sur cinq ans



