CONVERGENCES TRAVAILLISTES DANS LES ÉCHOS
Notre association poursuit son travail de recherche et de publications dans le domaine des politiques publiques : nous avons eu les honneurs du quotidien Les Échos qui publie notre contribution dans ses colonnes le 2 juin dernier.
Une France travailliste pour retrouver l’idéal contributif
Le débat public français s’égare souvent en désignant de faux coupables. Notre problème est collectif. Il tient à un volume global d’heures travaillées insuffisant, à l’ampleur de l’inactivité d’une partie de la population en âge de travailler. C’est dans ce décrochage silencieux d’une frange de la société qui ne participe plus pleinement à la production de richesse commune que se loge notre fragilité. Ce constat oblige à remettre au cœur de notre projet l’idéal contributif. Ce dernier tient lorsqu’il permet à chacun de contribuer, selon ses capacités, à l’effort commun, et d’en retirer en retour une sécurité et des droits pour la santé, le chômage ou la retraite. Lorsque cet équilibre se rompt, c’est l’ensemble de l’édifice social qui vacille.
Or, le déficit de travail est massif. Si notre pays atteignait les taux d’activité de ses voisins européens, ce sont jusqu’à deux millions de personnes supplémentaires qui seraient en situation d’emploi et près de 40 milliards de bénéfice pour nos finances publiques. Cette réalité est d’autant plus préoccupante qu’elle pèse directement sur notre dynamique de productivité. Car une économie où une part importante de la population reste à l’écart de l’activité est une économie qui produit moins et finance plus difficilement ses services publics. Si la France avait conservé le niveau de productivité qui était le sien il y a vingt-cinq ans, le poids des retraites dans la richesse nationale serait aujourd’hui proche de la moyenne européenne, et nos déficits publics seraient réduits d’environ un tiers.
Les causes de cette situation sont connues, mais trop rarement abordées dans leur ensemble. L’entrée tardive des jeunes sur le marché du travail en est une première illustration. Elle retarde l’acquisition de revenus et de droits. Elle révèle surtout un désajustement entre notre système de formation et les besoins de l’économie. À l’autre extrémité de la vie active, les seniors sont trop souvent mis à l’écart. Leur éviction précoce du marché du travail constitue une perte sèche de compétences. Mais le phénomène le plus préoccupant demeure celui, moins visible, du retrait d’activité en milieu de vie. Une partie de la population, sans contrainte de santé, se désengage du travail sans que cela soit pleinement mesuré ni traité.
Face à cette situation, la réponse doit porter sur l’ensemble des maillons de la chaîne du travail. D’abord en lui redonnant sa juste valeur. Aujourd’hui, nous faisons peser sur les revenus du travail une part importante de dépenses qui relèvent de la solidarité nationale. Ce choix, rare en Europe, réduit le rendement du travail et affaiblit l’incitation à l’activité. Il doit être corrigé en transférant ces charges vers le budget général, financé par une assiette plus large, afin d’augmenter le revenu net. L’équivalent d’une augmentation de 8% des revenus du travail péniblement obtenu en une décennie et autant de compétitivité retrouvée.
Mais l’incitation financière ne suffira pas si les obstacles matériels persistent. Le logement, en particulier, est devenu un facteur majeur d’inactivité. À force de contraintes, de normes et de régulations, nous avons freiné l’investissement et raréfié l’offre, empêchant une partie des actifs de se rapprocher des zones d’emploi. Les mobilités constituent un autre verrou, notamment dans les territoires périurbains et ruraux, où l’accès au travail dépend encore largement de solutions de transport insuffisantes ou trop coûteuses.
Remettre la France au travail suppose donc une approche d’ensemble. Revaloriser la contribution, lever les freins concrets, reconnecter formation et emploi. Produire davantage pour mieux répartir, plutôt que de s’épuiser à arbitrer la pénurie. Une société qui redonne à chacun sa place dans l’effort commun, qui renoue avec l’idéal contributif.



