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Pour un travaillisme municipal – Convergences Travaillistes
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Pour un travaillisme municipal
Dossier spécial « municipales »
Pour un travaillisme municipal
ÉDITO

Notre dossier spécial « municipales » consacre les territoires. Notre invité, Éric Hazan, aborde dans son ouvrage « une révolution par les territoires » pour répondre aux crises. Nous revenons sur ce que sont devenus les « cahiers de doléances » et l’idée de troisième gauche à laquelle nous adhérons. Pierre-Marie Debreuille nous invite à passer le périph’ avec un Paris qui doit choisir entre l’isolement et la coopération. Autant de jalons pour un « travaillisme municipal » que nous portons comme manière de hiérarchiser les politiques municipales. Enfin, Jean-Marc Pasquet était l’invité du « Grand Angle Eco » sur RTL pour faire le point sur la situation financière des communes.

Nos trois orientations :

  • Répondre à l’embolie de l’État et au sentiment de déclassement par la déconcentration / décentralisation : recréer du lien à partir de la proximité, responsabiliser en faisant le pari de l’intelligence locale.
  • Hiérarchiser les politiques locales en favorisant le travail : solutions de garde, transports publics et logement prioritaires.
  • Vers une troisième gauche recentrée sur le travail, la redistribution, la cohésion et le civisme.

Le Bureau de Convergences Travaillistes

Pour un travaillisme municipal

Dans la France industrielle, le « socialisme municipal » du XIXème siècle repose sur la conviction qu’une ville doit garder la maîtrise sur l’eau, le gaz, les transports, en s’attaquant à l’insalubrité et au logement et sortir l’administré de sa condition prolétaire.

Nous voici au XXIᵉ siècle. Les contraintes s’accumulent pour la commune. Les obligations environnementales se multiplient et le moteur financier se grippe, avec un volant de recettes étroit, largement réduit au foncier bâti, que la décentralisation a rendu dépendant des subventions étatiques, initialement compensatrices, mais qui se raréfient. Les projets municipaux se cherchent.

Dans ce contexte, il faut assumer une hiérarchie. Une question doit revenir au centre, comme une grille de tri des dépenses : qu’est-ce qui, dans l’action publique locale, est plus décisif aujourd’hui qu’éclaircir le chemin du retour au travail des administrés ? La commune et l’intercommunalité ont un pouvoir immense sur ces frottements invisibles qui, additionnés, font une société qui travaille collectivement moins qu’elle ne le pourrait — et réduisent la richesse produite, et finalement ses dividendes pour les finances publiques. L’enjeu pour l’État est de remonter le taux d’activité de notre pays à la traîne de nos voisins en s’appuyant sur la cellule communale.

Il est également de renouer avec une intuition ancienne. L’émancipation passe par la capacité à exercer une activité, à la reprendre, à la faire coexister avec une vie familiale décente. Une politique locale est la mieux placée pour organiser le temps collectif.

Prenons des exemples concrets. D’abord, le logement. Si l’on veut réconcilier travail et vie quotidienne, il faut cesser d’organiser une pénurie qui éloigne les actifs des bassins d’emploi, tout en appauvrissant les centres-villes. Donner une priorité d’accès au logement aux actifs — ou à ceux qui sont sur le point de le redevenir — suppose d’abord d’être conséquent sur la politique foncière, l’offre et la rotation du parc social : à quoi sert un territoire qui « crée de l’emploi » si l’on ne peut pas s’y loger ?

Ensuite, la garde des jeunes enfants. Une place de crèche, des horaires compatibles avec les emplois réels, une offre adaptée aux familles monoparentales : ce sont des politiques de lutte contre la pauvreté autant que des politiques de natalité et d’emploi. Elles évitent les sorties forcées du marché du travail et facilitent les reprises.

Viennent les transports publics, des réseaux sûrs, réguliers, lisibles, qui desservent l’emploi local. Dans une vie modeste, une demi-heure gagnée matin et soir, c’est du repos, du temps familial, et parfois la différence entre tenir un emploi et y renoncer.

Enfin, nos administrations locales doivent cesser de renvoyer les citoyens d’un guichet à l’autre. Chaque formalité devrait être interrogée au prisme d’un objectif unique : quel service public pour les travailleurs, les entrepreneurs, les indépendants, les soignants, et pour les agents eux-mêmes sans céder au tout dématérialisé ? Un service public qui ne demande pas du temps mais en fait gagner.

La question normative s’étend aux investissements. Tous les règlements ne se valent pas partout, ni en même temps. Pourquoi ne pas pousser l’esprit de décentralisation en confiant aux élus le soin de présenter leurs priorités au regard des risques et des impacts qui concernent la communauté locale ? Une commune agricole d’une région ensoleillée a un intérêt immédiat à dépolluer ses eaux usées si les rejets menacent ses milieux et ses usages ; doit-elle, dans le même calendrier qu’un territoire nordique, appliquer simultanément la dernière exigence thermique, au prix d’un étranglement de l’investissement plus utile ?

Ce que nous proposons est simple : un « travaillisme municipal ». Une politique d’émancipation locale en facilitant l’activité, l’autonomie, redonnant de la chair à une solidarité de droits et de devoirs. C’est la seule façon cohérente de tenir dans un même ensemble l’exigence sociale, l’ambition écologique et la vérité budgétaire. Car tout le reste dépend de notre capacité à financer durablement des politiques de solidarité jusqu’à rassurer les citoyens sur leur libre choix individuel.

Aude de Castet, Jérôme Kérambrun, Jean-Marc Pasquet et Danièle Picard animent le think tank « Convergences Travaillistes »

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