Dans le film « Howard Zinn, une histoire populaire américaine 2 » sorti le 28 janvier 2026, les réalisateurs de ce film-documentaire, Olivier Azam et Daniel Mermet, mettent en lumière une société américaine en pleine fracture. Howard Zinn, un historien, met à nu une histoire américaine où l’essor du capitalisme industriel s’est construit sur la guerre sociale et raciale, et ce diagnostic résonne encore puissamment avec la condition des travailleurs d’aujourd’hui, aux États-Unis comme en France. À l’heure où Donald Trump impose une réécriture nationaliste de l’Histoire, effaçant les luttes des Noirs, des femmes de mouvement ouvrier, la question centrale posée par H. Zinn – « De quel peuple écrit-on l’histoire ? » – revient au cœur du débat sur le travail, le fascisme et la démocratie.

Un capitalisme de crise permanente
Le film rappelle que l’Amérique industrielle de la première moitié du XXe siècle naît dans un mélange d’enthousiasme productiviste et de misère sociale ! généralisation de l’automobile, spéculation de masse, puis effondrement brutal en 1929. La Grande Dépression fait des millions de chômeurs, pousse des familles sur les routes, et fait émerger une génération – celle de H. Zinn – pour qui « devenir adulte » signifie faire l’expérience directe de l’injustice sociale.
Ce cycle « boom spéculatif – crise – paupérisation » n’est pas une relique historique : la stagnation des salaires des classes moyennes et laborieuses américaines depuis les années 1980 est corrélée à l’effondrement du taux de syndicalisation, tandis que les profits des grandes firmes explosent. Dans cette continuité, H. Zinn montre que le capitalisme américain ne se corrige pas spontanément ; il ne recule qu’adossé à des mobilisations massives, grèves, marches de vétérans (exemple : Bonus Army), luttes de locataires et de chômeurs.

États-Unis / France : deux modèles de travail sous tension
Aux États-Unis, la norme est l’absence de conventions collectives de branche : l’écrasante majorité des travailleurs n’est ni couverte ni par un accord d’entreprise solide ni par un filet protecteur équivalent au SMIC. En France, cette protection reste cependant sous pression, entre inflation, flexibilisation accrue et affaiblissement des organisations syndicales. L’enseignement de Howard Zinn éclaire un point crucial : sans pouvoir collectif des salariés, même le droit écrit se délite.

Fascisme, racisme et travail : hier et aujourd’hui
Le film insiste sur la violence fondatrice : conquête coloniale, massacres, traite des Africains réduits en esclavage, extermination des peuples autochtones. L’historien rappelle que la haine raciale n’est pas « un accident » moral, mais un outil politique pour diviser les exploités. Aujourd’hui, ce lien organique entre racisme et organisation du travail reste visible : les États américains où la densité syndicale est la plus forte ont un salaire minimum moyen environ 40 % plus élevée. En Europe comme aux États-Unis, la montée des formations d’extrême droite s’accompagne d’un discours qui détourne la colère sociale vers l’« autre ».

Trump contre Zinn : bataille autour de l’Histoire
Donald Trump s’attaque frontalement à H. Zinn, qualifiant ses écrits de « sornettes » ou de « propagande ». Effacer des manuels la place des Noirs, des syndicalistes, ce n’est pas qu’un débat académique : c’est une stratégie pour délégitimer les mouvements actuels pour la justice raciale ou les droits du travail.
Le slogan « America First », repris par Trump, fonctionne comme un fil rouge nationaliste qui présente toute contestation sociale comme trahison. En France, les débats sur la mémoire coloniale montrent une tentation similaire.

Actualité du message de Zinn
Le New Deal de Roosevelt sauve temporairement des millions de travailleurs, mais en sauvant le capitalisme. Aujourd’hui, la montée des grèves victorieuses aux États-Unis confirme que les travailleurs arrachent des avancées quand le rapport de force se reconstruit.
L’enjeu est de reposer la question de la démocratie dans l’entreprise, là où se concentre le pouvoir réel. Face au danger fascisant, l’héritage de Zinn converge avec un travaillisme assumé : redonner une centralité politique à la condition des travailleurs.


Laÿana Tsiambanilaza