Retenir nos talents : les propositions de Convergences Travaillistes
Face à ce constat alarmant, Convergences Travaillistes, dans la lignée des valeurs sociales-démocrates qui placent le travail au cœur du projet de société, propose une stratégie globale articulée autour de quatre piliers.
Premier pilier : Revaloriser les rémunérations et les carrières scientifiques
La priorité absolue doit être la revalorisation substantielle des rémunérations des personnels de recherche et d’innovation. Il est indispensable d’aligner les salaires français sur la moyenne des pays de l’OCDE, particulièrement en début de carrière où l’écart est le plus marqué. Cette revalorisation ne peut se limiter au traitement de base : elle doit inclure une refonte ambitieuse du régime indemnitaire pour garantir une compétitivité réelle face aux offres étrangères.
Concrètement, Convergences Travaillistes propose :
- Un rattrapage salarial progressif sur cinq ans pour atteindre la moyenne européenne des rémunérations des chercheurs et ingénieurs ;
- La création d’une prime d’attractivité pour les jeunes docteurs et les ingénieurs en début de carrière ;
- Une revalorisation annuelle indexée non seulement sur l’inflation mais aussi sur l’évolution des salaires dans les pays comparables ;
- L’amélioration des perspectives de carrière avec des grilles plus lisibles et des passerelles facilitées entre secteur public et privé.
Deuxième pilier : Améliorer les conditions de travail et restaurer le sens du métier
Au-delà des salaires, il est crucial de redonner aux chercheurs et ingénieurs les moyens de travailler dans des conditions dignes et stimulantes. La logique actuelle des appels à projets à court terme doit être rééquilibrée par un financement récurrent et pérenne des laboratoires, permettant une recherche de qualité à long terme.
Convergences Travaillistes préconise :
- L’augmentation du budget récurrent des laboratoires de recherche pour réduire la dépendance aux appels à projets ;
- La stabilisation de l’emploi scientifique par la transformation de postes précaires en emplois permanents ;
- La réduction de la charge administrative et bureaucratique pesant sur les chercheurs ;
- L’amélioration de l’équilibre vie professionnelle-vie personnelle, notamment par des politiques de soutien à la parentalité ;
- La reconnaissance et la valorisation de l’ensemble des activités de recherche, au-delà de la seule publication.
Troisième pilier : Créer un environnement fiscal et social incitatif pour les jeunes talents
Dans une perspective sociale-démocrate, la fiscalité doit être un outil de justice mais aussi de développement économique. Il est nécessaire de concevoir des mesures ciblées pour retenir et attirer les talents, sans renoncer à la progressivité de l’impôt.
Les propositions incluent :
- Un abattement fiscal temporaire pour les jeunes diplômés qui s’installent en France dans les secteurs stratégiques (recherche, innovation, industrie) ;
- La simplification et l’amélioration des dispositifs type Jeune Entreprise Innovante (JEI) pour encourager l’entrepreneuriat technologique ;
- Un crédit d’impôt pour les entreprises qui recrutent des jeunes docteurs en CDI ;
- Le renforcement des aides au logement pour les jeunes actifs qualifiés dans les zones tendues ;
- La création d’un statut fiscal avantageux pour les chercheurs expatriés qui reviennent en France, sur le modèle de programmes étrangers réussis.
Quatrième pilier : Investir massivement dans l’écosystème d’innovation
Pour retenir les talents, la France doit offrir un environnement de recherche et d’innovation comparable à celui des meilleures nations. Cela nécessite un investissement public soutenu et stratégique.
Convergences Travaillistes propose :
- Le doublement progressif du budget public de la recherche pour atteindre réellement l’objectif de 3% du PIB en R&D ;
- Le renforcement des dispositifs d’accompagnement des startups deeptech et industrielles ;
- La création de centres d’excellence régionaux pour répartir équitablement l’innovation sur le territoire ;
- L’amélioration des passerelles entre recherche publique et valorisation économique, notamment via les SATT et les conventions CIFRE ;
- Le développement de programmes de mentorat et d’accompagnement pour les jeunes chercheurs entrepreneurs.
Une vision travailliste pour la souveraineté par les talents
La lutte contre la fuite des cerveaux ne peut se résumer à des mesures techniques ou financières isolées. Elle exige une vision d’ensemble, ancrée dans les valeurs qui fondent l’identité de Convergences Travaillistes : la promotion du travail comme source de dignité et de contribution au bien commun, l’égalité des chances, la justice sociale et la solidarité nationale.
Replacer le travail qualifié au cœur du projet social-démocrate
Dans la tradition travailliste britannique ou sociale-démocrate scandinave, le plein emploi et la valorisation du travail constituent les piliers d’une société juste et prospère. Retenir nos talents, c’est reconnaître que l’investissement dans le capital humain est la clé de notre souveraineté économique et de notre capacité à relever les défis du XXIe siècle : transition écologique, révolution numérique, vieillissement démographique.
La social-démocratie ne doit pas être celle du renoncement ou de la gestion du déclin. Elle doit incarner une ambition de progrès, portée par une confiance renouvelée dans la capacité collective à innover, à produire et à créer de la richesse partagée. Cela implique de donner aux plus qualifiés non seulement les moyens matériels de rester, mais aussi et surtout une perspective enthousiasmante : celle de contribuer à bâtir un pays dynamique, innovant et solidaire.
Conjuguer attractivité économique et modèle social
Contrairement aux logiques néolibérales qui opposent compétitivité et protection sociale, Convergences Travaillistes affirme qu’un modèle social robuste constitue un atout pour attirer et retenir les talents. Les jeunes diplômés recherchent certes des rémunérations attractives, mais aussi une qualité de vie, des services publics efficaces, une protection sociale solide et un environnement de travail épanouissant.
La France dispose d’atouts considérables : un système de santé performant, une offre culturelle exceptionnelle, une position géographique stratégique en Europe, un écosystème d’innovation en développement. Encore faut-il les valoriser et compléter ces avantages par des conditions salariales et professionnelles dignes de nos ambitions.
Construire une politique des talents au service de l’intérêt général
L’enjeu n’est pas de privilégier une élite au détriment du reste de la population, mais bien de comprendre que la fuite des cerveaux appauvrit l’ensemble de la société. Chaque ingénieur, chaque chercheur, chaque entrepreneur qui part représente des emplois non-créés, des innovations non-développées, des impôts non-perçus et des services publics affaiblis.
Une politique des talents cohérente doit s’inscrire dans une stratégie plus large de valorisation de tous les travailleurs et de l’ensemble des qualifications. Elle doit s’accompagner d’un effort massif de formation continue, d’une amélioration générale des conditions de travail et d’une politique industrielle ambitieuse créant des emplois de qualité sur tout le territoire.
Agir maintenant pour ne pas hypothéquer l’avenir
Le temps presse. Chaque année qui passe sans action déterminée aggrave le décrochage français. Les données sont sans appel : si 70% de nos talents jugent que la France est en déclin, c’est que notre capacité collective à offrir un horizon désirable s’est érodée. Pourtant, rien n’est irrémédiable.
D’autres pays ont su inverser la tendance par des politiques volontaristes. Les exemples scandinaves, allemands ou canadiens montrent qu’il est possible de conjuguer attractivité pour les talents et modèle social généreux. La Suède, le Danemark ou la Finlande, souvent cités en référence par les sociaux-démocrates, ont su créer des écosystèmes d’innovation performants tout en maintenant des systèmes de protection sociale robustes.
Pour Convergences Travaillistes, la bataille contre la fuite des cerveaux est indissociable du combat plus large pour une France qui produit, qui innove et qui crée des opportunités pour tous. C’est une bataille pour la souveraineté économique, pour la justice sociale et pour la capacité de notre pays à peser dans le concert des nations du XXIe siècle.
