ARTICLE | Logement : la construction pour relancer les parcours résidentiels – Convergences Travaillistes

Logement : la construction pour relancer les parcours résidentiels

Illustration de l'article sur la relance de la construction de logements en France

La France manque au bas mot de plus de 100 000 logements supplémentaires chaque année. Pourtant, à la vente ou à la location, dans l’ancien ou le neuf, les Français subissent un chemin de croix. En particulier, faute de pouvoir aménager, les jeunes actifs contrarient leur désir d’enfant, manquent des occasions professionnelles. Certes, la détente récente des taux d’intérêts vient renforcer une demande déjà solvable. Mais alors, comment un secteur aussi administré et aussi aidé que le logement connaît-il d’aussi piètres performances ? Il faut trouver les raisons de ce « miracle » dans l’empilement de nos politiques publiques guidées par le mythe de la vertu plutôt que l’impératif d’efficacité.

Le foncier et les normes, obstacles structurels

Dès la phase du foncier, la construction de logements ressemble à un coupable écologique idéal. En France, c’est une source seconde d’occupation des sols. Du fait de la faible densité du territoire, le taux d’artificialisation est d’ailleurs un des plus faibles en Europe : 9 % en moyenne. Et surtout, les impacts sur la biodiversité de ce gel du foncier — appliqué de façon uniforme de Paris au Creusot — ne sont pas évalués. Au surplus, la facilitation de la réversibilité et la reconversion de friches, une densification plantée et arborée, permettent davantage de concilier accord des populations et impératif écologique.

Une fois la décision des projets prise, les délais de recours sur les permis de construire devraient bénéficier de leur digitalisation. Il n’en est rien : ils restent figés comme parole d’Évangile. Leur impact sur le financement et la trésorerie des ménages est pourtant essentiel. Mais la recherche de l’homme plus vertueux prévaut également dans l’édification de normes. Le Sénat en a dressé une liste impressionnante. Certaines sont issues de la « surtransposition du droit européen en droit français ». Ainsi, un risque raisonné outre-Rhin sans incidence sur l’absence d’étiquetage de certains produits de construction implique des tests et des coûts supplémentaires pour les entreprises françaises.

Enfin, au stade de la rénovation, le diagnostic de performance énergétique (DPE) s’applique quel que soit l’ensoleillement, de Lille à Marseille, et jusqu’il y a peu, en faisant peu de cas de l’électricité d’origine nucléaire dont les impacts sur le CO2 sont minorés. Qui a mesuré les bénéfices attendus du dispositif national en termes de travaux effectués dans les règles de l’art, de détournements ou du rétrécissement du marché locatif ?

Des leviers d’action à saisir

Pourtant, les leviers d’action existent, à la disposition des maires : tels que les chartes imposées aux promoteurs, ils nourrissent le dialogue sur la qualité du bâti. Dans les territoires, c’est la vocation des artisans. Ils doivent être remis dans le jeu en favorisant leurs groupements et leur accès aux marchés. Quant au parc social, l’assouplissement des critères de peuplement en faveur des travailleurs de première et de seconde ligne éviterait nombre de blocages liés aux réticences de la population, tout en faisant œuvre utile pour l’emploi.

Enfin, sur le soutien financier, face à l’explosion des prix des matériaux de la construction, l’extension du prêt à taux zéro sur les grosses rénovations est une piste quand la réduction du taux de TVA pourrait contenir l’inflation liée aux normes. Mais ce sont ces dernières qui doivent être revues, tant il est même difficile de trouver du personnel formé pour les appliquer.

Le pari de l’audace

Finalement, la vraie audace, la seule voie que nous n’avons pas entreprise, est de faire le pari de répondre aux besoins fondamentaux de la population. À l’image de la ville d’Austin, qui sort d’une grave crise du logement en simplifiant radicalement son code de l’urbanisme. Sans revoir les fondamentaux qui touchent à la rentabilité du secteur, nous sommes condamnés à appliquer des rustines. Nous avons fait un chemin à rebours en pavant de bonnes intentions l’enfer d’une construction sous cloche.

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