ÉDITO Janvier 2026

Iran : un mur qui chancelle

Le bureau de Convergences Travaillistes

Iran

En Iran, il se joue peut-être la chute d’un « nouveau mur de Berlin » : la possibilité, pour un peuple, de desserrer l’étau d’un régime qui gouverne par la terreur, une répression sanguinaire — et, par ricochet, d’ouvrir une voie de stabilisation au Proche-Orient, travaillé par des conflits par procuration.

La République islamique tient par le Corps des gardiens de la révolution (CGRI), sa puissance sécuritaire et économique, un appareil de milices, le clergé et une haute administration façonnée par plus de quatre décennies de captation du pouvoir.

Face à ce bloc, une autre Iranité s’affirme, entre mémoire et désir

Mémoire, celle d’une culture politique et morale que résume le Livre des Rois, où la dignité et la justice donnent des mots au refus. Désir, celui d’une société éduquée qui réclame le droit élémentaire de disposer de soi. Les femmes en sont l’avant-garde ; « une faute à corriger », écrit la joueuse d’échecs Mitra Hejazipour. Les pénuries, l’inflation et la lassitude du quotidien élargissent le mécontentement, jusque dans des provinces périphériques, notamment kurdes.

La dimension régionale est indissociable

Le khomeynisme ne se réduit pas à des flux d’argent ou d’armes : il s’inscrit dans un écosystème idéologique et militaire, qui soutient des groupes armés alliés — dont le Hamas — et entretient une rhétorique de désignation de l’ennemi. La critique d’une modernité décrite comme décadente et idolâtre a servi de matrice à ce récit ; certains regards occidentaux, en leur temps, s’y sont laissés prendre. Israël y est présenté comme une « tumeur » à extirper ; l’Amérique comme l’architecte du mal.

L’Europe tergiverse

Le débat récurrent sur l’inscription du CGRI sur la liste des organisations terroristes illustre ces ambiguïtés : scrupules juridiques, prudences diplomatiques, et parfois crédulité envers l’idée d’un « visage modéré » qui rendrait le régime fréquentable. Dans le même temps, les tensions militaires remontent : Washington annonce l’envoi d’un important dispositif naval vers le Golfe, rappelant combien l’escalade peut être rapide.

Le rôle de la France

Il est de soutenir les dissidents, lutter contre la censure numérique, accueillir et former celles et ceux que le régime traque, documenter les crimes pour préparer la fin de l’impunité, et travailler à la cohésion des forces démocratiques de la diaspora sans prétendre les fabriquer. Surtout, porter une ligne européenne lisible : sanctions ciblées, gels d’avoirs, et fermeture des espaces d’influence quand ils servent la répression.

Les lendemains de liberté se préparent d’abord par la lucidité. Si un mur doit tomber à Téhéran, il tombera parce qu’une société a cessé d’avoir peur — et parce que, hors d’Iran, nous aurons cessé de détourner le regard.

Le bureau de Convergences Travaillistes

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