📰 Gauche : retrouver la décence commune

Par Aude de Castet et Jean-Marc Pasquet, co-présidents de Convergences Travaillistes


La gauche française a longtemps été considérée comme une force politique de témoignage et de protestation sociale, inapte à l’exercice des responsabilités suprêmes. Elle a opiniâtrement acquis une culture et une crédibilité gouvernementale. Cette posture a nourri un appareil prospérant sur l’écart entre discours d’opposition et pratique gouvernementale… pour finalement précipiter sa perte.

Comment en est-on arrivé là, et comment redonner vie à l’idée progressiste ?

Une première réponse tient à la base sociologique de la gauche. Elle s’est rétrécie au gré d’un socle militant et permanent, souvent protégé des réalités du monde du travail par des parcours institutionnels, territoriaux ou électoraux. Ses cadres ont mené des vies désynchronisées de celles des citoyens, se coupant peu à peu des rythmes et des repères des classes populaires.

En épousant le spectre culturel d’une bourgeoisie intellectuelle installée, portée par des fièvres post-modernistes, la gauche a progressivement répudié son héritage : celui des Lumières, des compromis, de la Raison et de la science.

Elle s’est aventurée dans un clair-obscur différentialiste où s’entremêlent clientélisme, prosélytisme, et renoncements au profit d’un « dominium » identitaire, fragmenté.

Trois dynamiques aggravantes

  1. Le populisme mondial et l’ère de la post-vérité : Le peuple est atomisé en groupes d’intérêts, manipulés pour des stratégies électorales fondées sur les passions et les croyances, souvent liberticides.
  2. La puissance des firmes et l’idéologie de la tendance : Les grandes entreprises habillent leur nihilisme d’un vernis bienveillant — diversité, respect, bien-être — pour mieux agréger les contradictions du marché mondial, y compris sur les questions migratoires ou climatiques.
  3. La gouvernance par les besoins dans une société désaffiliée : Sans socle national commun, ni mémoire collective partagée, la société glisse vers une addition d’individus consommateurs, sans exigence ni sacrifice commun.

Quel chemin pour la gauche dans ce monde disloqué ?

Il nous faut retrouver la défense d’un intérêt commun. Celui d’un peuple sans mythe, mais doté de « la décence ordinaire » chère à Orwell : celle du salariat, des fins de mois difficiles, de la réutilisation, du recyclage, de la solidarité quotidienne.

Il faut en finir avec l’insensibilité d’une bourgeoisie protégée, qui promeut un modèle « créolisé » qu’elle réserve aux autres. Un débat libre et documenté doit éclairer l’histoire des abandons passés, et les conditions actuelles de la cohésion en Occident.

Enfin, nous devons refuser de feindre un « vivre ensemble » fictif en déportant la contrainte sur « les plus riches ». Ces régressions enfantines servent à rejeter les principes de la démocratie libérale au lieu d’organiser une transition économique ambitieuse, mais négociée.

Cette transition doit mobiliser les acteurs sociaux et les compromis nécessaires à la révision collective de nos modes de vie.


Texte publié avec l’autorisation des auteurs, membres de Convergences Travaillistes.

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