La France arrive en tête d’un « classement mondial de la complexité de la feuille de paie ». À force d’empiler cotisations, CSG, taxes et allègements, on ne sait plus qui paie quoi, combien et pour financer quoi. Cette opacité mine le consentement à payer et brouille le débat sur le financement de la protection sociale.
La proposition de l’auteur de la note de l’OFCE, l’économiste Bruno Coquet : « recentrer » la feuille de paie sur sa raison d’être – la rémunération du travail – en reclassant les prélèvements obligatoires sur salaires. Il s’agit de distinguer clairement, sans augmenter le coût du travail ni diminuer le “super net”, d’un côté les cotisations finançant des assurances sociales contributives, et de l’autre les impôts finançant des prestations publiques ouvertes à tous.
Concrètement, le “Big Bang” consiste à éclater la feuille de paie en trois supports :
- un bulletin de salaire où le salaire brut est aligné sur le coût du travail et où les cotisations contributives apparaissent à la charge du salarié ;
- un avis d’imposition regroupant les prélèvements fiscaux, qui ne relèvent pas de la relation salarié-employeur et ne constituent pas un coût du travail mais un outil de redistribution ;
- un bilan social individuel recensant les prélèvements non individualisés, sortis du bulletin mais restant à la charge de l’employeur.
Selon lui, ces changements de forme produisent des effets nominaux importants : le coût du travail “paraît” baisser et le net augmenter, révélant que le travail est d’abord payé puis fortement taxé ; les taux de cotisation semblent diminuer (assiette élargie) tandis que les taux d’imposition semblent monter (assiette resserrée). Surtout, la négociation salariale pourrait porter sur le salaire sans interférence directe de la politique redistributive, et la France apparaîtrait mieux dans les comparaisons internationales de coût du travail, au bénéfice de l’attractivité. Cette clarification n’épuise pas les détails techniques, mais elle rendrait le financement plus lisible et faciliterait des réformes ultérieures mieux ciblées et potentiellement mieux acceptées. Enfin, elle est une incitation à balayer ligne à ligne l’efficacité des dépenses redistributives à financer par l’impôt plutôt que les revenus du travail.
Le Taulier
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