On dit souvent la jeunesse amorphe, égocentrique, absorbée par ses écrans. Il faut aller faire un tour aux Invalides. Au Musée de l’armée, la foule jeune est nombreuse, dense, bigarrée et curieuse. Oui, on se photographie autour du tombeau de Napoléon. Mais entre deux écrans, on lit, on regarde, on s’arrête. On cherche manifestement autre chose qu’un décor, peut-être une exigence autour de récits.

En son sein, le Musée de l’Ordre de la Libération, au cœur de l’Hôtel des Invalides, capte quelque chose de cette attente. Lettres, armes, objets de fortune, micro de la BBC : tout rappelle que la France libre et la Résistance furent des engagements concrets, parfois dès l’adolescence.

Celui de Léon Bouvier par exemple, né en 1923. Juif polonais, frappé par la guerre et la disparition de ses parents, engagé à 16 ans dans les Forces Françaises Libres, chauffeur en Libye, il passe son bac au Caire. Blessé à Bir-Hakeim, puis formé à l’école des cadets voulue par de Gaulle, compagnon de la Libération, avant de devenir diplomate. Une vie brisée, puis relevée par le service à une cause.

Plus loin, les publications clandestines disent la même chose autrement. Des gaullistes, des communistes, des croyants ou non, des militants sans parti, des citoyens de toutes conditions écrivent, souvent avec presque rien, la France d’après. Ils parlent de libertés, de syndicats, de dignité, de travailleurs reconnus, de République refondée, de localisme. Dans l’épreuve, ils tiennent ensemble ce que notre époque peine à retrouver : la nation, la justice sociale, l’autorité légitime, l’émancipation.

C’est peut-être cela qui frappe le plus. Dans une époque extraordinairement dramatique, de souffrances mêlées, nos anciens ont su penser grand. Dans la banalité confortable de la nôtre, nous peinons à proposer autre chose que de la gestion ou du commentaire. La jeunesse, elle, n’a peut-être pas déserté les grandes causes. Elle manque surtout d’occasions de les rencontrer.

Aux Invalides, on la voit très bien : elle n’est pas perdue pour l’Histoire.

Le Taulier