Antoine et Olga, un couple de Français, sont installés depuis longtemps dans un petit village de Galice. Ils y tiennent une ferme, restaurent des maisons abandonnées et espèrent contribuer au repeuplement d’un territoire qui se vide. Tout pourrait sembler idyllique. Mais un conflit avec leurs voisins fait monter la tension jusqu’à l’irréparable.

Avec As bestas, Rodrigo Sorogoyen emprunte les voies du thriller rural pour ausculter l’un des grands maux de notre époque : le choc des cultures, des enracinements et des représentations du progrès. Dans cette arène montagnarde, un couple venu d’ailleurs affronte deux frères paysans, frustes, rustres, mais incarnés avec une force exceptionnelle par Luis Zahera et Diego Anido. Face à eux, Denis Ménochet et Marina Foïs composent un couple digne, obstiné, mais aussi porteur d’une vision du monde que le village ne partage pas.

La puissance du film tient à son refus du confort moral. Bien sûr, la violence des voisins est inexpiable. Mais comment ne pas entendre aussi le point de vue des autochtones, pour qui l’installation d’éoliennes peut représenter une chance économique dans un territoire désertifié, quand les nouveaux venus français voient dans l’agriculture biologique et la restauration patrimoniale une autre voie de salut ?

Sorogoyen filme ainsi bien plus qu’un fait divers. Il met en scène la collision entre deux promesses : celle d’un enracinement écologique et celle d’une survie matérielle. As bestas devient alors un film puissant sur les fractures identitaires, la haine de l’étranger, mais aussi sur les malentendus sociaux qui transforment la différence en ressentiment.

Une leçon de cinéma, et un film dérangeant sur ce qui arrive quand un territoire ne sait plus faire communauté.

As bestas, 131 min, disponible jusqu’au 02/07/2026 sur Arte.tv

Le Taulier