Dans cette courte chronique de France Culture – Le Fil éco (3 minutes), Alexandra Roulet explique que la formule « les Français ne travaillent pas assez » est trompeuse : le sujet n’est pas d’abord l’effort des personnes en emploi, mais le fait que trop de personnes restent durablement à l’écart du marché du travail.

Qui “ne travaille pas assez” en réalité ? 

  • Les jeunes : l’entrée dans l’emploi est plus heurtée en France (insertion plus difficile à la sortie d’études), ce qui réduit mécaniquement les heures travaillées à l’échelle du pays. On pourrait ajouter aussi que la mastérisation insuffisamment professionnalisée est aussi le problème que nous avons déjà abordé ici : Newsletter – Redonner un cap à l’Université – Convergences Travaillistes 
  • Les seniors (60-64 ans) : la France se distingue par un taux d’emploi plus faible que des pays comparables ; 45% des 60-64 ans en emploi en France (2023), contre 65% en Allemagne et 55% au Royaume-Uni ou aux États-Unis. Cela parle aussi des politiques d’éviction et autres plans sociaux déguisés.
  • Les moins diplômés / moins qualifiés : quel que soit l’âge, ils sont plus souvent hors emploi ; elle évoque surtout un fait marquant : leurs heures de travail se seraient effondrées d’environ 40% en trente ans, bien davantage que chez nos voisins, car une part importante est au chômage ou inactive.

En additionnant toutes les heures travaillées puis en les rapportant à la population, la France ferait environ 100 heures de moins par an et par habitant que ses voisins européens, et 300 heures de moins que les États-Unis. L’effet est direct sur les cotisations sociales et les recettes fiscales (et donc sur le financement du modèle social et des priorités d’investissement).

Autre point essentiel : la quantité de travail ne doit pas faire oublier la qualité (accidents du travail, management), mais la priorité, ici, est surtout de passer d’un débat culpabilisant à un objectif d’inclusion : non pas “travailler plus”, mais “travailler tous”. Alexandra Roulet pointe justement un mal français qui parle de la faiblesse de notre taux d’activité et du fait que trop de commentateurs s’arrêtent à la redistribution pour négliger les marges de manœuvre considérables de notre pays en matière de création de richesse et d’inclusion dans l’activité et la contribution.

Le Taulier